المؤسسة التنصيرية في الصحراء، مزاب والأهقار- غير مفهرس
الجزء ١ · صفحة ١١٩les enfants de France. Parmi eux nous comptons les deux fils d'Abdallah، membre de la Djemaa de Ghardaïa. Cet homme influent est très bienveillant pour nous et nous rend de réels services. Nous avons trois petits négrillons sur lesquels nous fondons les plus belles espérances. Pleins de naïveté، d'entrain et de bonne volonté، ils nous charment par leur docilité et ce langage enfantin qui plaît tant au cœur tout en blessant les règles de la grammaire. Quant à notre installation، elle est des plus primitives. Pendant de notre habitation qu'on serait tenté de croire antérieures à l'invention du rahot. Notre cuisine (car nous avons une cuisine) est montée sur un nouveau pied. Nous avons pu enfin mettre de côté notre batterie de campagne، et nous payer le luxe d'une cheminée. Elle est bien défectueuse، il est vrai، mais onla trouve magnifique، quand on a passé plus d'un an sans pouvoir allumer d'autre feu qu'une lampe à pétrole. Cette mesure importante de service intérieur a été suivie d'une autre non moins utile. Nous avons trouvé de l'eau; et le frère Augustin nous prouve que l'eau du désert blancbit aussi bien que l'eau d'Alger. Jusqu'à présent، nous avions de sérieuses raisons d'en douter، par suite des préjugés de nos blanchisseurs qui، habitués à se servir de terre en guise de savon، croyaient suffisant de montrer ce dernier au linge pour le nettoyer. Il a plu à la Providence de nous envoyer une autre petite épreuve. Les provisions que vous nous avez expédiées d'Alger، sont restées longtemps en route; et nous avons dû nous réduire à un régime plus modeste encore qu'à l'ordinaire. L'épreuve toutefois n'a pas été de longue durée. Le frère Augustin، étant sorti pour faire quelques commissions، a rencontré le lieutenant de tirailleurs، qui s'est offert à nous fournir du pain et du vin à titre de vivres remboursables. Les officiers de l'armée française ne démentent pas leurs vieilles traditions. Ils ont toujours été les amis et les protecteurs des missionnaires، et je suis heureux de le constater une fois de plus. La proposition du lieutenant de Saint-Upéry ne pouvait être refusée. Dès le lendemain le régime de la galette était abandonné à la satisfaction générale; et nous accueillîmes le premier pain français avec autant de plaisir que les enfants accueillent le traditionnel gâteau des rois. Je suis allé remercier M. de Saint-Upéry، qui s'est montré charmant et m'a promis de venir nous voir à notre maison. Depuis ce jour nos relations continuent et produisent le meilleur effet sur la population de Ghardaïa. Nos fournitures sont enfin arrivées، et nous donnons à nos écoliers une demi-journée de vacances، afin de pouvoir ranger tous ces bagages. Loués par M. l'abbé Malaury، curé de Laghouat، à raison de 15 francs les £00 kilogrammes، les chameliers nous ont remis nos colis en bon état. Ils avaient même ramassé dans leur djebiras les adresses que la pluie avait détachées des caisses pendant le voyage. Après les avoir payés، nous leur proposâmes de transporter jusqu'à Laghouat un petit envoi destiné au T. II. Père Supérieur général. Les chameliers acceptèrent، mais ils partirent ensuite sans prendre ce qu'ils avaient promis d'emporter. Ce contre temps ne pouvait pas nous chagriner beaucoup les occasions de transport sont nombreuses، maintenant que les nomades vont chercher leur provision de grains dans le Tell. Le soir du même jour، Ali ben Adjaoud، armurier kabyle، établi à Ghardaïa depuis une dizaine d'années، nous amenait quatre de ses compatriotes، nouvellement arrivés au Mzab pour y vendre de l'huile. Ce sont de vieilles connaissances، parmi lesquelles j'ai vu surtout avec grand plaisir Ahmed ben Alzar، ancien cheik de Mouqua. Que de souvenirs se réveillent dans mon esprit! Nous causâmes longtemps du pays et de ses habitants، que deux années au Sahara ne m'ont point fait oublier.
Je vous ai déjà dit que le climat de Ghardaïa est sain، malgré des écarts de température brusques et parfois considérables aussi nos enfants se portent-ils à merveille. Je devrais cependant faire une exception pour l'un de ces enfants، atteint d'une ophtalmie qui menace de s'aggraver. J'ai conduit le petit malade au docteur militaire qui veut bien، toujours avec la plus exquise bonté، mettre sa science à notre disposition. L'ophtalmie est certainement la maladie la plus répandue ici les borgnes et les aveugles sont très nombreux dans la contrée. La tradition locale assure même que le nom de Bou-Noura، père de la lumière، a été donné par ironie à l'un des villages، parce que
ses habitants avaient، presque tous، les yeux plus ou moins endommagés. Quand on n'est pas trop fatigué، on peut faire، soit dans la ville، soit aux environs، de petites promenades parfois très instructives. C'est dans une de ces circonstances que j'ai pu me rendre compte، pour la première fois، de la nombreuse population enfermée dans la ville de Ghardaïa،